Les volontaires... les défricheurs du futur

Viola Krebs
12 janvier 2005

Son Excellence Monsieur Adama Samassekou, ancien Ministre de l'Education du Mali et Président des PrepComs de la phase de Genève du Sommet Mondial sur la Société de l'Information, accompagne le Programme CyberVolontaires en présidant son Comité d'honneur. Nous avons eu l'occasion de discuter avec lui du rôle qu'il entrevoit pour les volontaires dans la société de l'information.

ICV: Quel est le rôle des volontaires et en quoi est-il complémentaire à celui d'autres acteurs du développement, comme par exemple les consultants?

Son Excellence Monsieur Adama Samassekou : Les volontaires agissent dans un esprit de mission qui privilégie l'accompagnement plutôt que l'intervention. Un consultant pourrait être défini comme un intervenant; le volontaire, quant à lui, met à disposition ses compétences et son savoir-faire. Il le partage avec d'autres. Ce faisant, il s'engage pour le milieu dans lequel il travaille et a un rôle de catalyseur. Le volontaire doit être à l'écoute des populations, pratiquant ainsi une approche communautaire. En fait, il vient apprendre pour mieux servir. 

ICV: Vous parlez souvent de la société des savoirs partagés. Pouvez-vous expliquer ce que vous entendez par là et quel est le lien entre cette société et le volontariat?

Je parle de la société des savoirs partagés parce que l'information n'a de valeur que dès lors qu'elle permet d'aboutir à quelque chose. En l'occurrence elle permet de construire des savoirs. L'UNESCO parle de la société des savoirs, mais en fait nous sommes dans la société des savoirs depuis le début de l'humanité. La plus-value qu'apporte la société du numérique, en particulier Internet, c'est bien la possibilité extraordinaire de partager ces savoirs en temps réel. La nouvelle société en construction pourrait être appelée société de l'information, de la communication humaine, de la connaissance et des savoirs partagés. En effet, pour la première fois, un paysan de Diré, dans la région de Tombouctou au Mali, est potentiellement en mesure de produire, d'organiser, de systématiser et de partager ses propres savoirs grâce au net pour peu qu'il ait à disposition les infrastructures capables de prendre en compte sa langue. Il pourrait ainsi envisager de communiquer au paysan suisse du Valais sa propre vision et son savoir-faire. Et ça, c'est fantastique ! Le maître de la parole du pays Mandé peut communiquer avec les communautés afro-brésiliennes sur les relations entre l'Afrique et la terre des Amériques au XIXe siècle à l'époque de l'empire du Mali. 

Disposant d'une expertise du cyber-espace, le volontaire peut accompagner le paysan en l'aidant à mieux construire les modalités de transmission de son savoir. Le volontaire étant d'une autre culture, il peut être un miroir accompagnateur et le médiateur entre les cultures pour le partage des connaissances. Ce n'est pas une question de transfert des connaissances, mais plutôt de co-construction des savoirs nouveaux. De ce point de vue, le volontaire joue un rôle de défricheur du futur, car il rêve avec les communautés d'accueil d'une société meilleure, plus équitable et plus juste.

Le volontariat est l'un des espaces à réinvestir, dans un monde où plus que jamais la violence est généralisée, où nous voyons s'installer un processus de déshumanisation des relations interpersonnelles et une marchandisation des rapports entre acteurs dans un contexte marqué par la superpuissance de l'argent. L'espace du volontariat constitue un contre-pouvoir face à cette marchandisation, car le volontaire s'investit pour un futur plus humain et plus solidaire.

Le volontaire est un accompagnateur qui répond à une double demande: la sienne propre, d'aller découvrir d'autres horizons et de vivre auprès des communautés une expérience enrichissante pour lui-même, et la demande des communautés d'être accompagnées dans leurs efforts de maîtriser des innovations. Le volontaire participe donc à une dynamique qui existe sans lui... les acteurs locaux n'ont pas attendu son arrivée pour s'engager dans ce processus de maîtrise progressive de leur environnement au sens large du terme qu'on appelle communément le développement. Ainsi, conscient de son rôle et de sa place dans un tel processus, le volontaire, ce défricheur du futur, à l'instar des éducateurs en droit humain, sera mieux à même d'apporter sa contribution à la maîtrise par la communauté des nouvelles technologies de l'information et de la communication.

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