Boudé à Seattle, le social tente sa chance à Genève

André Allemand
02 February 2000

ONU - L'Assemblée générale de juin se doublera d'un forum pour la fameuse "société civile". 

C'est la dernière ligne droite. Cinq mois à peine nous séparent d'un événement sans précédent pour Genève: la réunion de l'Assemblée générale des Nations Unies. Sur invitation du gouvernement suisse, une session extraordinaire se tiendra en effet la dernière semaine de juin dans notre ville. Objectif: faire le point des engagements pris par 186 Etats lors du Sommet mondial pour le développement social, il y a cinq ans à Copenhague. A l'époque, 117 chefs d'Etat avaient conflué vers la capitale danoise un record mondial d'affluence à une conférence internationale! Autant dire que la Suisse met les petits plats dans les grands. 

Certes, ce n'est pas une vraie première. L'Assemblée générale s'est déjà tenue une fois à Genève. Par accident, pourrait-on dire. C'était en 1988 et l'administration Reagan refusait à Yasser Arafat le visa d'entrée aux Etats-Unis. L'escapade lémanique avait permis de contourner le barrage américain. 

Cette fois-ci, le rendez-vous est pris dans les règles de l'art. Il s'agit donc pour la Suisse de ne pas rater une aussi belle occasion de consolider son rôle international et la place genevoise. Les ambassadeurs font la tournée des Missions dans l'espoir de réitérer l'exploit de Copenhague. Et Daniel Stauffacher délégué du Gouvernement suisse pour la Conférence de suivi du Sommet mondial pour le développement social profite du Forum de Davos pour intéresser des chefs d'Etat. Kofi Annan n'a-t-il pas invité les membres de l'ONU à participer à cette session "au plus haut niveau politique"? 

Un forum pour la société civile

Mais "Geneva 2000" promet d'être bien mieux qu'une session "extraordinaire". Alors même que la révolte gronde dans la société civile, à l'encontre d'une certaine forme de mondialisation économique, la Confédération a pris sur elle de mettre sur pied, parallèlement à l'Assemblée générale, une nouveauté: un grand forum ouvert non seulement aux organisations non gouvernementales (ONG), mais aussi aux parlements, aux syndicats, au monde des affaires, à l'industrie et aux médias. 

"Les premiers signes sont réjouissants", estime Bruno Romazzotti, le Coordinateur du forum. "Toute catégorie confondue, 250 institutions ont d'ores et déjà manifesté leur volonté d'organiser des événements. Dans quinze jours, nous devrions déjà disposer d'une première liste des manifestations sur notre tout nouveau site Internet (www.geneva2000.org). Et même si nous n'attendons que 2000 participants, nous sommes prêts à en accueillir 5 à 6 mille." 

ONU contre OMC 

Manifestement, la Confédération vise juste en encourageant le dialogue entre les Nations Unies et l'ensemble de la société dite "civile". En soi, le bilan de Copenhague n'est pas très stimulant. La pauvreté dans le monde n'a pas reculé, ni même le chômage. Mais face à l'Organisation mondiale du commerce, sa concurrente directe, l'ONU cherche à se poser en alternative démocratique, pionnière du dialogue avec les organisations non gouvernementales. 

Délégué du Sud cherche famille d'accueil

"Le grand forum de la société civile, nous l'organisons exprès au Centre international de conférences de Genève (CICG), tout près du Palais des Nations, en espérant que les délégués gouvernementaux joueront le jeu du dialogue", explique le coordinateur Bruno Romazzotti. "Les Missions ont l'air intéressées. Celles du Nord, bien sûr, car les pays en voie de développement n'ont pas assez de représentants et ne peuvent être partout à la fois!" Et ne parlons même pas des petites ONG du Sud!

Pour faciliter l'accès de tous à l'Assemblée générale de l'ONU et au grand forum, le secrétariat de "Geneva 2000" s'est joint les services de l'organisation non gouvernementale ICV - "Volontaires internationaux de conférences". L'ONG genevoise dispose d'un réseau de bénévoles qui ont notamment contribué aux conférences mondiales sur le sida et sur la réduction des risques liés aux drogues.

Pour juin, ICV cherche 300 volontaires et 50 à 100 familles d'accueil. "Grâce à notre réseau, nous disposons probablement déjà de la moitié des effectifs. En cinq mois, nous devons trouver d'autres bonnes volontés pour accueillir les délégués, servir de coursiers ou encore d'interprètes non-professionnels" signale la fondatrice, Viola Krebs. L'appel est lancé. 

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